Les hauts faits de Lafitte : L'histoire de Jean Lafitte

illustration of pirate Jean Lafitte in traditional attire representing famous New Orleans privateer and War of 1812 figure

Jean Lafitte : L'homme le plus intéressant de la Nouvelle-Orléans

Jean Lafitte : nous le connaissons comme le héros pirate de la Nouvelle-Orléans, d'autres le connaissent comme le contrebandier le plus prospère de l'histoire de la Spanish Main, et certains le connaissent même comme le plus grand scélérat ayant navigué sur les mers. Avec les nuages de mythes entourant ce personnage infâme, il est difficile de savoir quelles affirmations sont vraies. Cela vaut cependant la peine d'essayer de découvrir l'histoire de ce pirate tellement vénéré que nous avons nommé un parc national en son honneur.

Sentier de promenade à travers le parc historique national Jean Lafitte dans le marais en Louisiane, montrant les zones humides et le paysage de la forêt de cyprès
Parc Lafitte

Préambule avant la piraterie

Il est difficile de confirmer non seulement où Jean Lafitte (également orthographié Laffite) est né, mais aussi quand. Certaines sources estiment qu'il est né dès 1770, tandis que d'autres jurent que ce n'était qu'autour de 1780. Quoi qu'il en soit, c'était un homme de la fin du XVIIIe siècle et du début du XIXe. Les affirmations concernant son lieu de naissance sont tout aussi floues, allant de Bordeaux, en France, à Saint-Domingue, dans ce qui est aujourd'hui Haïti.

Il est connu pour avoir un frère nommé Pierre et tous deux ont été confirmés comme vivant à la Nouvelle-Orléans en 1784. Leur mère était mariée à un marchand de la Nouvelle-Orléans nommé Pedro Aubrey, qui aurait enseigné à Jean les ficelles de la navigation et l'aurait aidé à comprendre les subtilités des eaux du bayou du Mississippi.

Un peu de contrebande ici, une pincée de corsaire là

Si nous nous souvenons du nom de Jean, c'est en fait grâce à sa fraternité avec Pierre qu'il a pu développer son activité de pirate. Pierre possédait à l'origine une forge à la Nouvelle-Orléans au début des années 1800. C'est grâce à cette forge que Jean Lafitte a commencé la contrebande. Très tôt, le magasin est devenu un quartier général pour les contrebandiers qui y stockaient et trafiquaient leurs marchandises volées. À mesure que le commerce de la contrebande se développait, Jean s'est imposé comme un chef parmi la colonie de voleurs, tandis que Pierre agissait comme le deuxième côté de sa pièce de Janus et est devenu le principal receleur des marchandises de contrebande.

L'entreprise Lafitte, bien que solide dès le départ, fut stimulée par l'Embargo Act de 1807. Le gouvernement des États-Unis imposa un embargo qui interdisait aux navires américains d'accoster internationalement dans le but de couper le commerce avec la Grande-Bretagne. Le gouvernement américain ignorait que cela provoquerait un boom immense pour le commerce de la contrebande. Non seulement les Lafitte devinrent plus prospères que jamais dans leur commerce illicite, mais, au grand dam du gouvernement, ils devinrent très respectés par les habitants de la Nouvelle-Orléans qui étaient reconnaissants pour les marchandises que les frères et leurs équipages apportaient illégalement. Sans oublier que les effectifs de l'équipage de Jean augmentèrent de façon exponentielle ; de nombreux marins qui devinrent sans emploi en raison de l'instauration de l'embargo affluèrent vers les Lafitte.

Malheureusement, cette croissance n'échappa pas au gouvernement américain, et Jean et ses hommes furent chassés de La Nouvelle-Orléans. Mais pas de panique, Lafitte construisit une colonie de contrebandiers sur une île au sud de la ville appelée Barataria Bay. Depuis cette île portuaire, Lafitte concentra ses efforts de piraterie sur la Spanish Main, pillant constamment les navires de commerce espagnols. Il devint même corsaire* pour la République de Carthagène (dans l'actuelle Colombie) et obtint des commissions en leur nom.

La partie où le pirate infâme devient un héros local

Au début de 1812, Lafitte fut sollicité par le gouvernement britannique pour céder son emprise sur la baie de Barataria afin de permettre à la marine britannique un accès plus facile pour attaquer le continent américain. Lafitte se vit offrir un pot-de-vin de 30 000 dollars (une somme considérable à l'époque) ainsi qu'un poste de capitaine dans la Royal Navy. Après avoir accepté le pot-de-vin, Lafitte se rendit immédiatement à la Nouvelle-Orléans et rencontra le gouverneur W.C.C. Claiborne pour le prévenir de l'avancée britannique et de l'attaque imminente.

Non seulement Claiborne ne crut pas à l'avertissement de Lafitte, mais il se mit tellement en colère contre Lafitte qu'il ordonna à la marine américaine d'attaquer la colonie de contrebandiers de Lafitte à Barataria Bay. L'attaque ne fut pas très réussie, seuls quelques navires et membres d'équipage de Lafitte furent capturés. Les affaires de Lafitte restèrent intactes malgré les efforts de Claiborne.

Lafitte ne se laissa cependant pas décourager dans sa lutte pour sauver la Nouvelle-Orléans. Ainsi, en 1814, Lafitte offrit les services de son équipage et les siens propres au général Andrew Jackson pour la défense de la Nouvelle-Orléans. Lafitte fournit des combattants bien entraînés ainsi que du silex et de la poudre à canon provenant de ses vastes stocks de contrebande en échange de pardons. Jackson accepta avec gratitude et les pirates de Barataria Bay (connus sous le nom de Baratariens) combattirent vaillamment lors de la bataille de la Nouvelle-Orléans à la fin de 1814.

Lafitte et son équipage furent tous graciés par le président James Madison lui-même, et ils déambulèrent dans les rues de la Nouvelle-Orléans en hommes libres. Mais cette escapade ne dura pas longtemps. La vie de pirate commença à rappeler Lafitte, et un an seulement après avoir été gracié, il reprit la mer pour la contrebande.

Les dernières années de Lafitte

La vie de pirate convenait bien à Lafitte. Après être revenu à la contrebande en 1816, il a gagné plus de 1000 membres d'équipage fidèles et, en 1817, il a construit une commune de pirates dans ce qui est aujourd'hui Galveston, au Texas. Il a appelé cette commune Campeche et elle est devenue le nouveau dépôt de son opération de contrebande. Lafitte est même devenu gouverneur de Campeche pendant une courte période en 1819. On dit que cette commune est devenue si grande et prospère que, pour tenter d'éviter la persécution par le gouvernement américain, Lafitte a rassemblé ses membres d'équipage préférés à bord de son navire préféré, The Pride, et a saboté l'opération en incendiant Campeche alors qu'il s'éloignait en mer.

Ce qui se passe ensuite est, tout comme le début de l'histoire de Jean Lafitte, largement inconnu. Certains disent qu'il a continué la piraterie le long de la Spanish Main et de la péninsule du Yucatán jusqu'à sa mort dans les années 1820. Alors qu'un journal découvert dans les années 1940, réputé être celui de Lafitte, affirmait qu'il avait vécu comme un riche citoyen de la Nouvelle-Orléans jusque dans les années 1850. Il est difficile de savoir quelle version est vraie, si le journal a été falsifié, si Lafitte est mort en mer, ou s'il s'est caché sous le nez du gouvernement américain tout ce temps. Une chose est sûre : Jean Lafitte représente la plus grande part de la Nouvelle-Orléans, ce qui peut parfois bafouer la loi peut aussi être le plus grand bien.

*Ce qui différencie un pirate d'un corsaire, c'est qu'un corsaire est contracté ou mandaté par une agence gouvernementale pour attaquer ou piller les navires ennemis, notamment en temps de guerre. Essentiellement, le travail d'un corsaire est sanctionné par le gouvernement, tandis qu'un pirate est une entité libre dont le travail est personnellement sanctionné.